Combien gagne vraiment un tatoueur en micro-entreprise
Un mois à 3 200 € de chiffre d'affaires laisse environ 1 833 € au tatoueur. Voici les six lignes qui expliquent l'écart, et comment retrouver le tien.
Demande à dix tatoueurs ce qu'ils gagnent, neuf répondront avec leur chiffre d'affaires. C'est le seul chiffre qu'ils voient passer : celui du terminal de paiement et des espèces du samedi. Le montant qui compte se trouve six lignes plus bas.
Le chiffre d'affaires n'est pas un revenu
Un mois à 3 200 € encaissés ne met pas 3 200 € sur le compte personnel. Quatre prélèvements viennent s'intercaler, dans cet ordre.
L'URSSAF part en premier, calculée sur le chiffre d'affaires brut, sans aucune déduction. C'est la particularité du régime micro : les cotisations frappent l'argent encaissé, que le mois ait été bon ou que la moitié soit repartie en cartouches.
Viennent ensuite les consommables du mois, les charges fixes du studio, et l'usure du matériel qu'il faudra racheter.
Le calcul, ligne par ligne
Prenons un tatoueur en BIC artisanal, sans versement libératoire, avec un poste en studio à 355 € par mois. Vingt séances dans le mois, 3 200 € encaissés.
| Ligne | Montant | Pourquoi |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 3 200,00 € | Ce qui a été encaissé |
| Cotisations URSSAF | − 688,00 € | 21,5 % du chiffre d'affaires, CFP comprise |
| Consommables | − 135,00 € | Aiguilles, encres, godets, hygiène |
| Charges fixes | − 487,78 € | Poste, électricité, DASRI, assurance, communications |
| Amortissement du matériel | − 25,82 € | Machines, thermocopieur, mobilier |
| Provision CFE | − 30,00 € | Un impôt annuel, lissé sur douze mois |
| Ce qui reste | 1 833,40 € | Avant impôt sur le revenu |
Cinquante-sept pour cent du chiffre d'affaires. C'est l'ordre de grandeur qu'on retrouve sur la plupart des activités de tatouage en poste, et il varie surtout par la ligne « charges fixes ».
Pourquoi 21,5 % et pas 22 %
Le taux de cotisation d'une activité artisanale en BIC est de 21,2 %, auquel s'ajoute la contribution à la formation professionnelle de 0,3 %. Tattoopea affiche le taux global, celui qui sera réellement prélevé. Le détail par statut est dans le guide des charges.
La ligne qui fait tout basculer
Sur les six lignes du tableau, une seule change vraiment d'un tatoueur à l'autre : les charges fixes.
Les cotisations sont proportionnelles, donc neutres : elles prennent le même pourcentage à tout le monde. Les consommables tournent autour de 5 à 9 % du chiffre d'affaires quel que soit le niveau de prix. L'amortissement du matériel pèse rarement plus de 30 € par mois.
Les charges fixes, elles, vont de 400 € pour un poste partagé à 1 400 € pour un local en centre-ville. Cet écart de 1 000 € tombe entièrement sur le revenu.
| Situation | Charges fixes | Reste sur 3 200 € de CA |
|---|---|---|
| Poste en studio, forfait mensuel | 488 € | 1 833 € |
| Poste en studio, 30 % du CA | 960 € | 1 361 € |
| Local seul en périphérie | 780 € | 1 541 € |
| Local seul en centre-ville | 1 400 € | 921 € |
Le tatoueur en local à 1 400 € doit facturer 3 700 € pour atteindre le revenu de celui qui paye 488 € de poste. Six cents euros de chiffre d'affaires en plus, soit trois à quatre séances supplémentaires par mois, pour le même résultat.
L'impôt sur le revenu vient encore après
Le tableau s'arrête avant l'impôt. En micro-entreprise, deux mécanismes coexistent.
Sans versement libératoire, l'administration applique un abattement forfaitaire de 50 % sur le chiffre d'affaires en BIC, puis intègre le reste au foyer fiscal. Sur 38 400 € annuels, la base imposable est de 19 200 €, et l'impôt dépend du reste du foyer.
Avec versement libératoire, l'impôt est prélevé en même temps que les cotisations, à 1,7 % du chiffre d'affaires en BIC artisanal, ce qui fait passer le taux global de 21,5 % à 23,2 %. C'est fini pour l'année, mais c'est dû même en cas d'année blanche.
Le versement libératoire n'est pas toujours gagnant
Il devient intéressant quand le foyer est déjà imposable. Il fait perdre de l'argent quand le revenu global reste sous le seuil d'imposition, puisqu'on paye alors un impôt qu'on n'aurait pas dû. Le sujet est traité en détail dans le guide du versement libératoire.
Retrouver ton chiffre à toi
Les montants ci-dessus décrivent une situation moyenne. Le tien dépend de ton statut, de ton poste et du prix de tes propres commandes de matériel.
Deux façons de l'obtenir sans y passer la soirée.
- 1Le simulateur gratuit prend un tatouage isolé et montre ce qu'il reste dessus, ligne par ligne. Utile pour vérifier un tarif avant de l'annoncer.
- 2Le compte Tattoopea fait le même calcul sur l'ensemble du mois, en tenant compte de tes vraies charges et de tes vraies factures fournisseur.
Voir tes vrais chiffres
L'outil est en bêta, l'accès est gratuit et sans carte bancaire. Tu saisis tes charges une fois, et chaque séance enregistrée met le bénéfice net à jour. Créer un compte
Ce qu'il faut retenir des ordres de grandeur
Un tatoueur en poste garde entre 55 et 60 % de ce qu'il facture, avant impôt sur le revenu. En local seul, la fourchette descend entre 40 et 50 %. La différence ne vient presque jamais des consommables, elle vient du loyer et du pourcentage reversé au studio.
Un chiffre d'affaires annoncé sans son niveau de charges fixes ne dit donc rien de ce que la personne gagne.
Questions fréquentes
Un tatoueur gagne-t-il bien sa vie ?
Tout dépend du remplissage de son agenda et de ses charges fixes. Un tatoueur qui facture 3 200 € par mois avec un poste en studio à 355 € dégage autour de 1 830 € nets, impôt sur le revenu non compris. Le même chiffre d'affaires en travaillant depuis un local à 900 € de loyer tombe sous 1 300 €.
Quel salaire se verser quand on est tatoueur ?
En micro-entreprise il n'y a pas de salaire : le tatoueur prélève ce qu'il veut sur son compte. La somme prélevable sans mettre l'activité en danger est le bénéfice net, une fois l'URSSAF provisionnée et les charges fixes du mois payées.
Le chiffre d'affaires d'un tatoueur est-il son revenu ?
Non. Le chiffre d'affaires est la somme encaissée auprès des clients. Il faut en retirer les cotisations sociales, les consommables, les charges fixes et l'amortissement du matériel pour obtenir le revenu réel.